Michelin a noté les vins de Bordeaux. Sur les cinq premiers crus de 1855, un seul est au sommet.

Le 7 septembre à la Cité du Vin, Michelin a dévoilé ses grappes bordelaises : 83 propriétés, 9 au sommet. Lafite est le seul premier cru de 1855 du lot, et Pomerol rafle un tiers du podium.

Lundi 7 septembre, à la Cité du Vin, Michelin a fait à Bordeaux ce qu’il fait aux restaurants depuis un siècle : il a noté. Quatre-vingt-trois propriétés retenues, neuf tout en haut. Et dans ces neuf, un seul des cinq premiers crus classés de 1855.

Ce n’est pas un détail. C’est probablement l’information la plus intéressante de la journée.

Des grappes, pas des étoiles

Michelin a lancé sa notation des vins le 2 décembre 2025. Gwendal Poullennec, directeur international des guides, l’a présentée comme le prolongement naturel du travail sur les restaurants : mêmes inspecteurs salariés, même méthode, autre produit. Seule la monnaie change de nom. On ne parle plus d’étoiles mais de grappes, une, deux ou trois.

Trois grappes, dans le vocabulaire maison, désigne un producteur d’exception, c’est-à-dire un domaine dont tu peux acheter les bouteilles les yeux fermés, quel que soit le millésime. C’est une note de régularité autant qu’une note de sommet.

Deux choses à savoir sur ce guide. Il n’existe pas en papier (tout est en ligne, et la sélection bouge en continu au lieu d’être figée une fois par an), et la Bourgogne est passée la première, cet été. On en avait parlé dans notre article sur les premières grappes bourguignonnes. Bordeaux est la deuxième région servie.

Les neuf châteaux qui décrochent trois grappes

Le podium bordelais, le voici. Sur la rive gauche, Château Montrose à Saint-Estèphe, Château Lafite Rothschild à Pauillac et Château Léoville Las Cases à Saint-Julien. Sur la rive droite, Pétrus, Château Lafleur et Château La Conseillante à Pomerol, puis Château Cheval Blanc et Château Figeac à Saint-Émilion. Et pour le liquoreux, Château d’Yquem à Sauternes.

Derrière eux, seize propriétés à deux grappes, trente-sept à une grappe et vingt et une simplement recommandées. Quatre-vingt-trois domaines au total, pour une région qui en compte plusieurs milliers.

Un seul premier cru de 1855 tout en haut

Relis la liste. Lafite Rothschild y est. Latour, Margaux, Mouton Rothschild et Haut-Brion n’y sont pas. Ils figurent bien dans la sélection, mais pas dans les neuf.

Il faut mesurer ce que ça veut dire. Le classement de 1855 a été commandé par Napoléon III pour l’Exposition universelle, construit sur les prix que pratiquaient les courtiers, et il n’a bougé qu’une seule fois en cent soixante-dix ans (Mouton, en 1973). Il reste la grille de lecture par défaut de Bordeaux dans le monde entier. Michelin débarque et, sans jamais le dire, en propose une autre.

Jean-Philippe Delmas, directeur de Haut-Brion, était d’ailleurs présent à la Cité du Vin. Il a profité de la tribune pour appeler à une véritable œnogastronomie, c’est-à-dire à faire travailler ensemble les chefs étoilés et les domaines notés. Difficile de faire plus élégant quand on n’est pas dans le haut du tableau.

Pomerol rafle un tiers du podium

L’autre enseignement est géographique. Pomerol place trois domaines au sommet, Pétrus, Lafleur et La Conseillante, avec une appellation d’environ huit cents hectares. Pauillac en place un. Margaux, aucun.

Or Pomerol n’a jamais eu de classement. Ni en 1855, ni depuis. Pas de crus classés, pas de hiérarchie officielle, rien. La réputation s’y est construite uniquement par le marché et par la bouche, ce qui est exactement ce que Michelin prétend mesurer. Le résultat était presque écrit d’avance.

Marielle Cazaux, qui dirige La Conseillante, a parlé d’une visibilité incroyable. Son château vit depuis toujours dans l’ombre de ses deux voisins, Pétrus et Lafleur. Trois grappes, pour elle, valent mieux qu’une note de dégustation.

Comment on décroche une grappe

Michelin annonce cinq critères, et ils ne portent pas sur une bouteille mais sur un domaine entier, jugé à travers plusieurs vins et plusieurs millésimes. On regarde l’état du vignoble et les pratiques viticoles, la maîtrise technique au chai, l’identité du lieu et l’expression du vigneron, l’équilibre du vin, et enfin la régularité dans le temps.

Différence notable avec les restaurants : les inspecteurs du guide des vins sont bien salariés de Michelin, mais ils ne sont pas anonymes. Ils visitent, ils rencontrent, ils regardent les parcelles. On est plus proche d’un audit que d’une dégustation à l’aveugle, et c’est précisément là que se logent les critiques.

Ce qu’on en dit dans le métier

Vitisphere a été le plus direct en reprochant au guide d’enfoncer des portes ouvertes et de fonctionner en pilote automatique. L’argument se tient. Pétrus, Yquem, Cheval Blanc et Lafite au sommet, ça ne surprend absolument personne. Un guide qui consacre des domaines déjà consacrés depuis un siècle apporte-t-il vraiment quelque chose ?

La réponse honnête : pas grand-chose en haut du tableau, beaucoup en dessous. Les trente-sept propriétés à une grappe et les vingt et une recommandées, elles, récupèrent une exposition mondiale qu’aucune campagne de communication ne leur aurait offerte. Dans une région qui arrache ses vignes et vend son vin à perte, ce n’est pas anecdotique.

Ce que tu peux en faire, toi

Si tu achètes du bordeaux, l’intérêt de cette sélection n’est pas dans les neuf noms du haut. Ces bouteilles, tu les connaissais déjà et tu ne les paieras pas moins cher. Il est dans le milieu de liste. Une grappe chez Michelin, c’est un domaine que des professionnels sont allés voir sur place et qu’ils jugent régulier, et c’est une information bien plus rare qu’une note sur cent.

Cela dit, ça reste un guide parmi d’autres. Avant de suivre une grappe, apprends surtout à lire une étiquette, c’est encore le meilleur classement gratuit qui existe.

Michelin met à jour sa sélection en continu, donc l’histoire ne s’arrête pas là. Si tu veux la suite sans avoir à surveiller le site du guide toi-même, la newsletter s’en charge et t’envoie les nouveaux articles dès leur sortie 👇

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