Vin et chocolat : on t’a menti toute ta vie

Le cacao contient des tanins comme le vin rouge. Quand les deux se rencontrent sans réfléchir, personne ne gagne. Voici comment gagner.

Rate this post

Le vin et le chocolat, c’est comme le vin et le fromage. Tout le monde pense savoir. Tout le monde se trompe de la même façon. Et personne n’ose dire que l’accord qu’il vient de faire était une catastrophe parce que ça fait trop snob de critiquer une chose aussi agréable en apparence.

On va réparer ça.

La chimie d’abord parce que tout part de là

Le chocolat noir contient des tanins. Ce n’est pas une métaphore, ce n’est pas une façon de parler. Le cacao contient littéralement des polyphénols tanniques, les mêmes molécules qu’on trouve dans le vin rouge. C’est ce qui donne au chocolat noir sa légère amertume et cette sensation de sécheresse en bouche sur les pourcentages élevés.

Le problème c’est que quand tu mets du chocolat noir tannique en face d’un vin rouge tannique, les deux se somment. L’amertume s’additionne, l’astringence explose, et tu te retrouves avec une sensation dure et âpre qui ne ressemble ni au chocolat ni au vin que tu avais séparément. Tu as pris deux bons produits et tu en as fait quelque chose de moins bien que les deux.

La règle de base : sur le chocolat, il faut que le vin compense ce que le chocolat exacerbe. Pas qu’il rajoute de l’huile sur le feu.

Le chocolat noir à 70% et plus : les vins doux naturels

C’est là que les vins doux naturels du Roussillon font leur entrée et s’imposent sans discussion.

Le Maury du Domaine Mas Amiel est probablement l’accord le plus évident et le plus satisfaisant qui existe sur un chocolat noir intense. C’est un Grenache noir muté, élevé en foudres de chêne, avec des arômes de fruits noirs confits, de cacao, de café, de réglisse et d’épices douces. En bouche, il est riche, chaleureux, avec une douceur naturelle qui vient directement contrebalancer l’amertume du chocolat. Les tanins du vin sont fondus, soyeux, et ne se heurtent pas à ceux du cacao. Le sucre résiduel tempère l’amertume. C’est un accord de miroir : les deux ont les mêmes arômes torréfiés et cacaotés, et ils se reconnaissent dans le verre.

Le Banyuls du Domaine du Mas Blanc ou du Domaine de la Rectorie fonctionne sur le même principe avec une expression légèrement différente, plus iodée, plus saline, avec des notes d’olive noire et de garrigues qui ajoutent une complexité supplémentaire. Sur un chocolat noir aux fruits rouges ou aux épices, c’est remarquable.

Pour les chocolats à plus de 85% de cacao, avec une amertume très prononcée, un Porto Vintage du Quinta do Crasto ou du Ramos Pinto est l’option la plus puissante. La richesse, l’alcool et la concentration du Porto tiennent tête à l’intensité extrême du cacao. Les notes de fruits noirs confits et de tabac du Porto dialoguent avec les arômes torréfiés du chocolat et créent quelque chose de remarquablement complexe. C’est l’accord des gens sérieux.

Le chocolat noir à 60-70% : le rouge sec peut fonctionner, mais attention

C’est là que ça devient délicat. Le vin rouge sec sur du chocolat noir peut fonctionner, mais seulement avec des conditions précises.

Il faut un rouge peu tannique, fruité, sans excès de bois. Un Châteauneuf-du-Pape du Château Rayas ou du Château Beaucastel, à base de Grenache dominant, avec ses arômes de fruits rouges mûrs, de garrigue et d’épices douces, peut tenir l’accord sur un chocolat noir équilibré. La maturité du fruit et la rondeur naturelle du Grenache évitent le clash tannique.

Un Côtes du Rhône Villages de chez Domaine Santa Duc ou Domaine Gramenon à base de Grenache et Syrah, autour de 12 à 15€, est une option accessible qui fonctionne bien. Les tanins sont souples, le fruit est généreux, et la chaleur naturelle du vin du Rhône fait écho à la richesse du chocolat.

Ce qu’il faut absolument éviter : un Bordeaux jeune trop tannique, un Barolo, un Madiran, n’importe quel rouge puissant et charpenté sur un chocolat noir. Le résultat sera à chaque fois une guerre dans ta bouche que personne ne gagne.

Le chocolat au lait : le terrain du rouge léger et du blanc fruité

Le chocolat au lait est plus gras, plus sucré, moins amer. Il appelle des vins différents.

Un Pinot Noir d’Alsace du Domaine Ostertag ou un Bourgogne rouge d’entrée de gamme comme un Bourgogne Pinot Noir de chez Maison Faiveley fonctionnent très bien. Les tanins sont soyeux, le fruit est délicat, et la légèreté du vin ne se heurte pas à la douceur du chocolat au lait. C’est un accord de douceur, sans aspérité.

Côté blanc, un Riesling vendanges tardives d’Alsace du Domaine Zind-Humbrecht apporte une acidité vive qui tranche dans le gras du chocolat au lait et nettoie le palais entre chaque bouchée. C’est l’accord qui surprend tout le monde la première fois.

Le chocolat blanc : le territoire du blanc moelleux

Le chocolat blanc ne contient pas de cacao à proprement parler, juste du beurre de cacao, du sucre et du lait. Aucune amertume, aucun tanin. C’est une bombe de douceur pure.

Face à ça, un Sauternes du Château Climens ou un Coteaux du Layon du Domaine des Baumard apportent une acidité suffisante pour équilibrer la douceur sans alourdir. Les arômes de miel, d’abricot confit et de cire d’abeille du Sauternes dialoguent naturellement avec la vanille et le beurre du chocolat blanc.

Un Gewurztraminer vendanges tardives du Domaine Weinbach est l’option la plus aromatique. Les notes de rose, de litchi et de mangue créent avec le chocolat blanc quelque chose de presque dessert sur dessert, assumé et gourmand.

La règle des règles

Si tu retiens une seule chose de cet article, c’est celle-là : le vin doit toujours être au moins aussi sucré que le chocolat. Un vin trop sec face à du chocolat sucré va paraître acide et agressif. Un vin légèrement plus doux que le chocolat va lui tenir tête et créer l’équilibre.

Et si tu ne sais vraiment pas quoi choisir, prends un Maury ou un Banyuls. Ça marche sur à peu près tout ce qui contient du cacao, ça coûte entre 10 et 15€, et tu passeras pour quelqu’un qui s’y connaît.

Bois, partage, recommence. 🐸

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *